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Agriculture :
Les terres agricoles peuvent sauver la Terre
D’après plusieurs ONG, les sols agricoles pourraient absorber un tiers des émissions de carbone en excès. Au prix d’un changement total de dogme : tourner la page de l’agriculture intensive pour redonner toute leur place aux terroirs et aux hommes.
Et si pour sauver le climat, il fallait préserver les terres agricoles ? C’est la thèse défendue par de nombreuses organisations paysannes comme l’association « Reclaim the fields » ou Via Campesina. Une idée farfelue, à l’heure où le tout Copenhague s’apprête à inclure l’agriculture dans les marchés d’émissions de carbone ? Pas tant que ça... Car les sols agricoles peuvent stocker beaucoup de carbone sous forme de matière organique. Ce phénomène représente, d’après la FAO (1), « près de 90 % du potentiel technique d’atténuation » de l’agriculture. Autrement dit, la quasi-totalité du potentiel agricole en matière de lutte contre le réchauffement. L’ONG Grain a sorti sa calculette : « Si nous parvenions à réincorporer dans les sols agricoles la matière organique que nous perdons à cause de l’agriculture industrielle (entre 150 et 205 000 millions de tonnes, NDLR), nous pourrions capturer au moins un tiers du CO2 actuellement en excès dans l’atmosphère ». LES PAYSANS PEUVENT « REFROIDIR LA PLANÈTE »Et ce n’est pas fini : « Si ensuite nous décidions de reconstituer les sols, nous aurions en cinquante ans, capturé environ les deux tiers de l’excès de CO2 », poursuit l’association. Mais comment les paysans peuvent-ils « refroidir la planète », comme aiment à le dire Grain et le mouvement Via Campesina ? Un petit retour en arrière s’impose. Au début des années soixante, nous disposions de 0,45 hectare pour nourrir un habitant de la Terre. Cette surface a été presque divisée par deux (0,25 hectare en 2003), mais les rendements agricoles ont plus que doublé. Cette formidable augmentation de la productivité a été rendue possible par la mécanisation, la sélection variétale et les engrais de synthèse. Mais cette « révolution verte » était fondée sur un dogme dangereux : « La fertilité du sol peut être maintenue et même améliorée par l’utilisation d’engrais chimiques, comme le raconte l’ONG Grain. La matière organique n’avait guère d’importance. » Les sols étaient ainsi réduits à un support qu’il suffisait de « complémenter ». Or ce milieu vivant extrêmement complexe n’a pas encore livré tous ses secrets. Par exemple, les engrais azotés, en « boostant » la vie microbienne, accélèrent la décomposition de la matière organique. Les labours répétés et les épandages de pesticides achèvent de tuer la vie du sol, bouclant le cercle vicieux : plus d’engrais, moins de matière organique, moins de fertilité, plus d’engrais... NON LABOUR, LÉGUMINEUSES, COMPOST, PRAIRIES...Des techniques existent pourtant pour favoriser la vie du sol et la productivité agricole. Première d’entre elles, le non-labour, qui consiste à limiter le travail du sol pour favoriser le développement des lombrics et de la flore microbienne (lire ci-dessus). Les engrais de synthèse peuvent également être remplacés par des cultures de légumineuses, qui absorbent l’azote de l’atmosphère. Certaines peuvent même fournir des protéines pour l’alimentation du bétail, ce qui en fait une alternative crédible au soja sud-américain. Autres voies de progrès, pour la FAO, l’apport de compost, la couverture des sols et « l’amélioration de la gestion des pâturages dans les prairies ».Mais si les sols agricoles peuvent stocker du carbone, ils peuvent aussi en dégager. C’est actuellement le cas en Europe : les forêts et les prairies ne suffisent plus pour absorber les gaz à effet de serre émis par l’agriculture, d’après une étude parue le 23 novembre dans la revue Nature Geoscience. Chercheur à AgroParisTech et conseiller agricole de Nicolas Hulot, Marc Dufumier est « techniquement optimiste, mais politiquement pessimiste ». Car sans l’appui des politiques, ces solutions techniques resteront marginales. Au lieu de la monoculture intensive, il s’agit de redonner toute sa place à une agronomie plus complexe, centrée sur les terroirs et les hommes. Et si l’on écoutait enfin les paysans, à qui l’on doit ce proverbe : « Occupe-toi du sol et tout ira bien » ? [1] [1] (1) Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture. par Yannick Groult
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