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Territoires :
L’Etat se restructure à grande vitesse
Les « réformes » que l’Etat s’applique à lui-même ouvrent des boulevards au privé, au détriment de la solidarité et de l’efficacité que les citoyens sont en droit d’exiger.
Ils n’ont que ça à la bouche : l’efficacité. La rationalisation. La performance. La transparence... Autant de mots censés dessiner l’administration moderne, celle de demain, par opposition à celle d’aujourd’hui - qui serait donc inefficace, absurde, coûteuse, opaque... A entendre Eric Woerth, le ministre du Budget et de la réforme de l’Etat, présenter le 9 décembre dernier la « deuxième phase » de la révision générale des politiques publiques (RGPP), tel est l’enjeu des grandes manœuvres en cours. Pas plus de 12m2 par agent...A y regarder de plus près, il y a pourtant de quoi tiquer - et pas qu’un peu. L’Etat, kafkaïen et autoritaire selon ses détracteurs, ne l’est pas moins quand il s’agit de lui faire subir une sévère cure d’amaigrissement. Caricatures de verbiage technocratique, les phrases sont sèches comme des couperets. « La recherche d’économies doit aussi porter sur les dépenses de fonctionnement ». Objectif : 10 % de dépenses en moins, à gratter sur l’informatique, la logistique, la formation, les concours... en plus des « chantiers » déjà ouverts sur les autres « fonctions supports » - autrement dit, tout ce qui n’est pas le « cœur de métier » des services visés. Les « opérateurs » de l’Etat, quant à eux (organismes publics ou semi-publics ayant en charge une mission de l’Etat), sont dorénavant astreints au même régime minceur et « devront s’astreindre au respect des règles applicables à la diminution des dépenses ». Exemple : pas plus de 12 m2 par agent. La réorganisation doit enfin « permettre d’améliorer la qualité de service ». Comment ? Par la mise en place systématique de « guichets uniques à distance ». Autrement dit : moins de contacts réels, moins de présence, et encore plus de ces insupportables serveurs téléphoniques... Arrêtons là l’ironie. La RGPP et sa petite sœur la REATE (Réorganisation de l’administration territoriale de l’Etat, qui touche ce que l’on appelle aussi les « services déconcentrés » de l’Etat) ont sur la France l’effet dévastateur d’un ouragan qui frappe, comme toutes les catastrophes, d’abord les plus faibles, qu’il s’agisse des ménages ou des territoires. La REATE, plus discrète que sa grande sœur la RGPP, a des effets encore plus délétères sur les territoires ruraux. Les fusions de services sont menées au pas de charge. Dans les départements ruraux il ne restera plus que deux DDI (Directions départementales interministérielles) : d’une part la Direction des territoires (regroupant notamment équipement, agriculture et affaires maritimes), d’autre part celle de la cohésion sociale et de la protection des populations, qui regroupera... le reste : affaires sanitaires et sociales, jeunesse et sports, voire santé , services vétérinaires, répression des fraudes... Tapis rouge au privéEn vérité il s’agit pour l’Etat de masquer sous ce grand chambardement un double objectif : d’une part, la disparition de milliers d’emplois en application du dogme d’un départ en retraite sur deux non remplacé, et d’autre part le transfert de pans entiers de ses missions. Aux collectivités locales dans un premier temps ; puis celles-ci ne pouvant suivre, asphyxiées par la réforme qui les frappe à leur tour, au privé. Qui voit ainsi s’ouvrir l’alléchante perspective de nouveaux et juteux marchés. Quant à ceux, communes, départements ou simples citoyens, qui n’auront pas les moyens de satisfaire l’exigence de profit de ces nouveaux opérateurs, malheur à eux. Une perspective tout simplement inacceptable. par Olivier Chartrain
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