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Fruits et légumes :
Les saisonniers encore précarisés
L’Etat va prendre en charge les cotisations patronales pour les saisonniers agricoles. Une douloureuse de 168 millions d’euros pour les contribuables qui ne résoudra en rien les difficultés des producteurs.
Une fausse solution pour un vrai problème. En exonérant les agriculteurs des cotisations patronales pour leurs travailleurs saisonniers, le gouvernement a une nouvelle fois fait le choix du dumping social pour tenter de résoudre les difficultés des producteurs de fruits et légumes. L’exonération en question est incluse dans la loi de finances rectificative pour 2010, que les députés devaient finir d’examiner mardi 9 février. Jusqu’à 1,5 Smic, les employeurs de « travailleurs occasionnels agricoles » - plus du tiers de la masse salariale - ne devraient payer quasiment aucune cotisation sociale à partir du 1er janvier 2010. Des prélèvements qui financent la sécurité sociale, les accidents du travail, mais aussi la formation professionnelle et plusieurs accords paritaires. Au total, 168 millions d’euros, que l’Etat versera à la Mutualité sociale agricole (MSA), laquelle cotisera à la place des employeurs. La Confédération paysanne s’indigne de cette « remise en cause des droits sociaux des saisonniers [et] du financement de la protection sociale ». De son côté, la Fnaf-CGT estime que ce projet « scandaleux » ne fait « qu’accentuer la précarisation de l’emploi en agriculture ». Pourquoi prendre un salarié permanent quand il suffit d’embaucher un employé temporaire à moindre frais ? SARKOZY CHOISIT LA CONCURRENCE À TOUS CRINSLa distorsion de concurrence est pourtant un véritable problème pour les agriculteurs. En fruits et légumes, la main-d’œuvre peut représenter jusqu’à 80 % du coût de revient pour certains produits. Les producteurs français (pour qui ce coût est d’environ 12 euros de l’heure) ne peuvent lutter contre leurs voisins espagnols ou allemands (qui ne dépassent guère les 7 euros) et encore moins avec les producteurs marocains. Face à ce problème, Nicolas Sarkozy a clairement choisi la concurrence à tous crins : « On va vous mettre dans un combat à armes égales avec vos concurrents », lançait-il aux agriculteurs, le 27 octobre dernier à Poligny. On connaît pourtant déjà, en partie, le coût social de la concurrence « libre et non faussée » : 1,4 milliard d’euros d’exonérations sociales dont bénéficie déjà l’agriculture, d’après les calculs de la Fnaf-CGT. Une somme, réglée par l’ensemble des citoyens, et qui n’a en rien empêché les paysans de connaître une des pires crises de leur histoire. par Yannick Groult
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