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Paysans :
Agriculteurs, pour quoi faire ?
Après la « révolution verte », l’agriculture française se demande où elle va. Un débat crucial, et un enjeu face auquel citoyens et paysans doivent élaborer des réponses communes.
C’est l’histoire d’une profession, d’une catégorie sociale - en vérité, d’un pan entier de notre société - qui se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. La diffusion en ce moment sur l’antenne nationale de France 3 du passionnant documentaire les Paysans (voir ci-dessous et page 5) intervient à un moment-clé de l’histoire de l’agriculture. Et de la France, allons-y : on sait que la figue du cultivateur tient toujours, dans notre culture et notre imaginaire, la place qu’elle n’occupe plus forcément dans notre quotidien, y compris en milieu rural. De la déprise à la mépriseC’est un fait : depuis l’après-guerre, le monde agricole est devenu un chantier permanent. Nourrir la France, il l’a fait. Nourrir le monde, il l’a fait et le fait encore, puisqu’on sait que la faim dans le monde n’est pas un problème de production agricole mais de répartition de celle-ci, comme le souligne chaque fois qu’il le peut Jean Ziegler, ancien rapporteur spécial de l’ONU pour le droit à l’alimentation. Mais le malaise est là. A la déprise - agraire, mais aussi et même avant tout humaine - consécutive à l’intensification de la production, a succédé la méprise : celle qui s’est installée entre une société aujourd’hui soucieuse d’environnement et inquiète des crises sanitaires, et une profession qui après avoir consciencieusement appliqué les recettes qu’on lui prescrivait, se réveille avec une sacrée gueule de bois. Et se voit sommée de répondre à des attentes clairement contradictoires. Il y a l’exigence sociale, légitime, de sécurité sanitaire. A laquelle les autorités politiques répondent par des normes de plus en plus exigeantes et coûteuses, entraînant la disparition de ceux qui n’ont pas les moyens de s’adapter - alors qu’une production artisanale, traditionnelle, pour peu qu’elle soit sérieuse et contrôlée, est au moins aussi sûre que le tout-venant de l’industrie. Un autre malentendu, peut-être le pire, est de faire croire aux consommateurs que les prix alimentaires peuvent suivre la courbe descendante de leur pouvoir d’achat, tout en expliquant aux agriculteurs que les consommateurs et leur exigence de prix bas sont cause de l’effondrement de leurs revenus et des crises structurelles qui frappent toutes les filières. Demain, un combat communOn le sait, pourtant : la différence entre les prix de misère payés aux paysans et les prix exorbitants exigés des consommateurs, c’est la fortune des actionnaires de l’industrie de transformation et de la distribution, sur un marché agricole que les exigences de l’OMC et la casse de la PAC ont transformé en un Far West où les spéculateurs font la loi. Au prix, parfois, de la faim qui tue, et du désespoir qui ronge. Entre une agro-industrie qui se délocalise déjà et une agriculture de niches, agriculture pour riches, nourrir les hommes demain doit devenir le combat commun des paysans et des citoyens. par Olivier Chartrain
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