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Paysans :
Un certain regard sur les paysans
Diffusé en ce moment sur France 3, le film les Paysans rend justice à une profession à qui l’on tend trop souvent un miroir grimaçant. A ne pas rater.
« Je m’accuse d’avoir trop insisté sur le remembrement, en particulier dans l’Ouest ». Dans la bouche d’Edgar Pisani, le ministre de l’Agriculture du général De Gaulle, « l’inventeur » de la cogestion et maître d’œuvre du remembrement, l’aveu est de taille ! Le documentaire Les Paysans le confronte directement avec deux paysans normands racontant leur lutte pied à pied, jusqu’à la fin des années 80, contre le remembrement. Eux évoquent le désespoir, les souffrances, les haines éternelles... Alors l’aveu de l’ancien ministre apparaît crûment pour ce qu’il est : un geste sincère à hauteur d’homme, mais gratuit et même vain à l’échelle des responsabilités qui furent les siennes. Attention, les Paysans n’est pas ce genre de documentaire nostalgique qui veut faire vibrer la corde sensible du citadin. Ces trois fois une heure sont une fenêtre de partage, un moment offert à des familles d’agriculteurs et à quelques « grands témoins » pour parler sans fard. L’empathie réelle des réalisateurs, Karine Bonjour et Gilles Pérez, autorise ceux que l’on prétend volontiers « taiseux » à s’exprimer sans fard. Et rend sensible la profondeur des bouleversements et des luttes, sourdes ou ouvertes, qui n’ont cessé d’agiter la France paysanne depuis l’après-guerre jusqu’à aujourd’hui - et encore demain. Gardiens de panneaux solaires« J’ai “bouffé” trois exploitations. Je suis comme d’autres : je suis devenu un prédateur. Mais parce qu’avec mes 20 hectares je ne pouvais plus vivre, il fallait que je parte ! » confesse Camille Larcher. Michel Teyssedou, le cantalou, rend un hommage touchant à sa femme, dont le rôle sur l’exploitation est « supérieur au mien, très supérieur au mien ». Tous disent l’accroissement exponentiel de la productivité, dont ils n’ont tiré que les miettes - et quelques inquiétudes pour leur santé. Ils disent aussi l’incompréhension face à une société qui leur demande aujourd’hui de s’occuper du paysage, leur sentiment de ne jamais être entendus : « C’est la première violence », dénonce Michel Teyssedou. Et tandis que Jean Huillet, le leader vigneron du Languedoc, cauchemarde un monde de demain fait de « gardiens de panneaux solaires », d’autres misent sur le développement d’une agriculture de proximité. On aura toujours besoin de manger, et il faudra toujours des hommes pour produire : l’histoire n’est pas finie. Sans donner de leçons à personne, les Paysans apporte de façon magistrale la preuve que cette société doit écouter vraiment ceux qui travaillent sa terre. par Olivier Chartrain
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