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Petite enfance :
Morano ou l’enfance en danger
Après la journée du 11 mars, les professionnels de la petite enfance ne lâchent rien. Ils seront à nouveau dans la rue le 8 avril contre les menaces sans précédent qui pèsent sur le secteur.
Un enfant est-il une valise ? Une valise qu’on dépose le matin à la consigne et qu’on reprend le soir, sans trop s’inquiéter du contenu, pour peu qu’elle ait l’air en bon état... Depuis l’année dernière, tout ce que la France compte de professionnels de la petite enfance est vent debout contre le projet de révision d’un décret de 2007 sur les services et les établissements d’accueil de jeunes enfants (EAJE). Syndicats et associations, regroupés dans un collectif intitulé « Pas de bébés à la consigne » (www.pasdebebesalaconsigne.com), sont à la base de la journée de protestation du 11 mars, qui a fortement mobilisé le secteur. Ils dénoncent la dégradation des taux d’encadrement. Dans les accueils collectifs, il est aujourd’hui d’un adulte pour cinq bébés, puis d’un pour huit dès qu’ils savent marcher. Le texte porté par la secrétaire d’Etat à la Famille, Nadine Morano, permettrait de porter ces seuils à six et dix enfants par adulte. Idem pour l’accueil par les assistantes maternelles, qui pourraient s’occuper de quatre enfants au lieu de trois. Cerise sur le gâteau : des « jardins d’éveil », créés pour les enfants de deux à trois ans, auraient des taux d’encadrement de huit à douze enfants par adulte. Ces structures, payantes puisqu’à la charge de communes, sont vues comme une « machine de guerre » contre l’école maternelle, alors qu’en quelques années les suppressions de postes dans l’Education nationale ont pratiquement divisé par deux le taux de scolarisation des moins de trois ans, passé de 35 % en 2000 à 18 % en 2007. Autre sujet de colère : la formation. Selon le décret, les crèches pourraient désormais comptabiliser les titulaires de CAP ou de BEP petite enfance dans les 50 % de personnel qualifié requis pour faire fonctionner la structure. Aujourd’hui, seuls les puéricultrices, auxiliaires de puériculture et les éducateurs de jeunes enfants (EJE) sont comptabilisés. Pour les assistantes maternelles, un « progrès » du même type est attendu : l’obligation de formation initiale étant ramenée à 30 heures au lieu de 60 heures. Enfance à la sauce BolkesteinPour les professionnels, ces évolutions mettent directement en cause l’accompagnement individualisé des très jeunes enfants, seul à même de leur assurer une évolution physique et psychique satisfaisante hors du cadre familial. Une pratique qui suppose une exigence absolue en matière d’encadrement et de qualification ; ce que ne saurait remettre en cause le besoin, dont l’urgente nécessité n’est aucunement contestée, de développer rapidement et en nombre des structures d’accueil - surtout en milieu rural, le plus mal loti dans ce domaine. Pour y répondre, le gouvernement s’appuie sur un projet de loi (adopté en première lecture par le Sénat) proposant de développer des maisons d’assistantes maternelles (MAM). Problème : à la dégradation prévue de l’encadrement et de la formation des assistantes maternelles, s’ajouterait dans ces MAM l’absence totale de cadre : pas de projet, pas de structure administrative, tout au plus une vague convention avec le Conseil général et la Sécu. Plus que la volonté de créer les places d’accueil qui manquent, c’est surtout la transposition de la directive européenne sur les services (autrefois dite « Bolkestein ») qui se profile derrière ces projets. Elle institue l’obligation d’ouvrir au secteur marchand l’accueil de la petite enfance. C’est bien pour refuser que les bébés deviennent demain une source de profits pour quelques actionnaires cacochymes que l’ensemble des professionnels du secteur, et les parents, se mobiliseront à nouveau le 8 avril prochain dans toute la France. par Olivier Chartrain
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