|
Lait :
Prix du lait : pourquoi le remède est pire que le mal
Le 30 mars, les éleveurs laitiers ont obtenu une hausse temporaire du prix
du lait. Mais entre l’alignement sur les tarifs allemands et la surproduction prévue par
le gouvernement, les perspectives d’avenir ne sont guère engageantes.
Retour à la case départ pour les éleveurs laitiers ? C’est ce qu’on pourrait croire après le maintien de l’accord interprofessionnel sur le prix du lait, obtenu le 30 mars au ministère de l’Agriculture. Mais à y regarder de plus près, le remède s’avère pire que le mal. Certes, les producteurs ont obtenu une hausse de prix de 9 à 10 % pour le second trimestre (par rapport à 2009). Un progrès, étant donné que la Fédération des industries laitières (Fnil) refusait d’appliquer cette augmentation prévue dans l’accord du 3 juin 2009. Ce modeste bol d’air pour les éleveurs compense à peine l’effondrement du prix du lait depuis un an : d’après l’Insee, celui-ci a chuté de 10,6 % en février 2010 par rapport à février 2009. Bref, même à environ 28 centimes le litre, « le prix restera trop bas pour permettre la rémunération du travail des paysans », tranche la Confédération paysanne. Philippe Collin, porte-parole du syndicat, parle même d’un « marché de dupes ». Car les industriels ont obtenu que les conditions de fixation de prix du lait soient renégociées. Avant le 31 mai, producteurs, coopératives et industriels privés devront s’entendre sur « trois nouveaux indices » qui donneront le la du prix du lait. Le premier portera sur « l’évolution comparée du prix du lait entre l’Allemagne et la France ». Une perspective inquiétante pour les producteurs de lait, mais logique du point de vue des transformateurs. Ceux-ci font valoir que le lait allemand est 15 % moins cher que le lait hexagonal. Surproduction de lait à l’horizonPremier producteur européen, premier fournisseur et concurrent de la France, notre voisin d’outre-Rhin est aussi le pays d’Europe où le prix du lait est le plus bas. Quant aux deux autres indices, ils reflèteront les coûts de production des éleveurs et la valorisation industrielle des produits laitiers (produits frais ou industriels, c’est-à-dire beurre et poudre). Pour la Confédération paysanne, « compte tenu du contexte, le prix moyen 2010 ne pourra être supérieur à celui de 2009. » Car l’accord obtenu le 30 mars ne fait qu’accompagner la dérégulation du secteur laitier. Première source d’inquiétude : la surproduction qui se profile, avec la volonté du gouvernement d’augmenter la production laitière de 2 % pour cette campagne. Cette surproduction fournira un argument supplémentaire aux transformateurs pour peser sur le prix du lait. Dans ce contexte, ce ne sont pas les contrats, prévus dans la Loi de modernisation agricole, qui fourniront une protection aux éleveurs. par Yannick Groult
|
||||||||||||||||||||||||||