|
Saisonniers :
Les travailleurs saisonniers, indispensables mais exploités
Le tourisme et l’agriculture dépendent en grande partie des deux millions de travailleurs saisonniers. Malgré des droits théoriquement égaux aux salariés permanents, ils restent largement précarisés.
Ils sont barmans, serveurs, vendangeurs ou animateurs. Ils taillent les arbres fruitiers ou entretiennent les remontées mécaniques des stations de ski. Les deux millions de travailleurs saisonniers français représentent une force de travail indispensable pour l’économie et la société. Mais ils restent trop souvent exploités. Saisonnier rime avant tout avec tourisme : « Sans ces salariés, notre pays ne serait pas (...) la destination touristique la plus attractive au monde », affirme Joël Giraud, député (PRG) des Hautes-Alpes. Dans sa région Paca, les saisonniers occupent presque un emploi touristique sur quatre (23 %). Une proportion qui grimpe à un sur trois dans la région Midi-Pyrénées. Bref, « l’emploi saisonnier est essentiel pour maintenir la vitalité économique des zones concernées, insiste Joël Giraud, parce qu’il permet de maintenir sur place du personnel qualifié ». Une précarité aggravée par la criseDans l’agriculture, des secteurs de production entiers dépendent de la main d’œuvre saisonnière. Il s’agit surtout de la viticulture, du maraîchage et de l’arboriculture, qui nécessitent beaucoup de travail sur de courtes périodes (vendanges, récoltes, taille...). D’après le ministère de l’Agriculture, les saisonniers réalisent plus de 60 % du travail en maraîchage, en horticulture et pour la production de fruits. Idem pour la viticulture, où ils effectuent entre 30 et 50 % du travail fourni par les exploitations. Dans un rapport publié en janvier 1999, Anicet Le Pors dénonçait les « emplois instables », les « revenus médiocres » et la « condition sociale dégradée » des travailleurs saisonniers touristiques. Le conseiller d’Etat proposait plusieurs pistes pour améliorer leur situation. Dix ans plus tard, celle-ci ne s’est guère améliorée. D’après la revue Démocratie et socialisme, 14 % d’entre eux travaillent sans contrat et 25 % ne perçoivent pas leurs heures supplémentaires. Théoriquement, ils disposent des mêmes droits que les salariés permanents. Mais, en l’absence de statut adapté, l’émiettement de leur travail conduit à une érosion de leurs droits : assurance chômage, formation... « Les saisonniers sont des salariés à part entière », insiste la CGT. Le syndicat mène depuis plusieurs années des campagnes auprès d’eux pour leur faire connaître leurs droits. En période de crise, le risque est encore plus grand de voir les saisonniers servir de variable d’ajustement. Le gouvernement vient ainsi d’exonérer les producteurs de fruits et légumes de la totalité des charges patronales qu’ils paient pour leurs travailleurs saisonniers (lire la Terre du 9 février 2010). Une décision censée rétablir la compétitivité de l’agriculture, mais qui revient pour la Confédération paysanne à « précariser les salariés plutôt que rémunérer les paysans ». par Yannick Groult
|
||||||||||||||||||||||||||